TINA, je romps avec toi

Chère TINA,

Je romps avec toi. Notre relation a de loin dépassé sa date d’expiration. Nous avons connu de bons moments ensemble. Mais maintenant, c’est fini. Soyons honnête, TINA, tu as un goût du luxe et tu es trop exigeante. Tu nous as donné beaucoup de prospérité, cher amour, mais aussi beaucoup de stress et de maux de tête. Pour le moment, je suis complètement dépassé par les événements.

Je t’ai toujours bien aimé, mais le trou dans le budget est deux fois plus grand que prévu. Il faudra prendre des mesures rigoureuses. De nouveau, on voit ton vrai visage, TINA. « There Is No Alternative » (il n’y a pas d’autre choix). Assainir, économiser, réduire les dépenses.

Je ne veux pas te vexer, TINA, mais il n’y a pas neuf manières connues pour organiser l’économie. Il y en a sans doute beaucoup plus. Pourquoi est-ce qu’on se limite alors à l’école de Chicago (le monétarisme)? N’y a-il vraiment pas d’alternative?

On s’en sortait si bien après la deuxième guerre mondiale, chérie, jusqu’à ce que ton avidité ne montre ses griffes, quelque part dans les années septante, quand tu étais encore si jolie.

Gamin, je voyais ces gros titres constamment dans l’actualité. A droite en haut de la tête de Christophe de Borsu, apparaissait à tous les coups une petite case avec le mot CRISE! Economiser, assainir, réduire les dépenses. C’est quand même drôle qu’on ne sache pas épeler CRISE sans IS (état islamique). Mais c’est différent.

Notre génération n’a rien connu d’autre, chère TINA. La crise économique est devenue un élément faisant partie intégrante de nos vies et on réagit de manière indifférente aux informations. Nos parents qui sont de la génération babyboom, évoquent des souvenirs du bon vieux temps. Quand les hannetons étaient encore dans chaque haie et les enfants se lavaient dans une baignoire en étain. Cela sonne romantique. Mais à cette époque, il y avait encore des certitudes.

La génération X et la génération Y se sont contentés de l’incertitude. Ils te font part de ce raisonnement d’économie. N’est-ce pas logique? Ce sont des temps difficiles, monsieur. Nous contribuons avec plaisir. Là, tu les as convaincus, TINA. Tu as bien vu. Merci pour toutes ces clarifications, ou alors, est-ce plutôt l’échec?

Selon les règles des échecs, chaque pion peut seulement attaquer diagonalement. Même le roi ne peut pas payer en graines exponentiellement pour chaque case du jeu, parce qu’à la 64ème case même lui n’a plus d’argent. Ne faut-il pas alors simplement adapter les règles, TINA? Les règles ne font pas partie intégrante de notre ADN. Cela ne fonctionne pas comme ça!

Que penses-tu, par exemple, de l’hélicoptère monétaire? Ou d’une devise alternative avec laquelle on ne peut payer les multinationales, mais bien les bouchers et boulangers? Que penserais-tu d’un revenu de base? Ou encore si les lobbys bancaires étaient interdits? Que penserais-tu si les banques commerciales ne pouvaient pas dépenser l’argent qu’elles n’ont pas? Pourquoi ne pas débarrasser tous les indépendants des charges administratives aux coûts superflus? Pourquoi ne pas repenser la démocratie, TINA? Le citoyen bien informé ne serait-il pas capable de prendre ta place? Pourquoi ne pas transformer la chose publique en biens communs (Commons)?

Je n’accepte plus le non, TINA. J’espère que tu vas bien, mais je romps avec toi, c’est terminé. Mes nouveaux amours sont RDB, LETS et WIR. Oui, je suis devenu totalement polygame. Soyons clair. Je suis au carrefour et je vais à gauche, à droite et tout droit. Fais avec!

Beaucoup de succès sur une autre planète, TINA. Je garde l’anneau que je t’avais donné. Saturne en a assez!

Salutations,

La Terre